Nue à New York !

« Je ne suis pas exhibitionniste, ni une pratiquante du nudisme », explique la photographe américaine Erica Simone en ouverture de son projet photographique intitulé « Nue York » : « Je me demandais juste : que serions-nous sans les vêtements, sans cette possibilité que nous avons d’afficher ce que nous voulons être, la façon dont on se perçoit ? De porter sur nous notre statut social et la façon dont nous voulons que les autres nous considèrent ? »

« Je comprends que la nudité dans la rue puisse être moralement découragée, inacceptable socialement… Mais de là à l’interdire ! ? »

Pour cette jeune photographe qui a collaboré notamment avec le National GeographicPHOTO, le Daily News ou El Mundo, il n’y avait qu’un moyen de savoir : tout enlever ! C’est ce qu’elle s’est empressée de faire, « aidée d’un trépied et de quelques poussées d’adrénaline »… Qu’a-t-elle découvert dans son voyage au pays du nu ? Pour LUI, elle est revenue sur ses méthodes de travail, les questions qui l’ont amenée à se lancer dans ce projet audacieux, et les circonstances dans lesquelles elle a pu travailler. Interview.

Avec quel appareil travaillez-vous ?
Pour cette série, je me suis servi d’un Canon 5D Mark II (avec un objectif 2.8 24-70 mm). Les photos sont toujours prises sur un trépied, à l’aide d’un déclencheur et j’étais systématiquement accompagnée d’un ami ou d’un assistant, pour m’aider mais aussi me soutenir moralement. J’ai commencé cette série à l’été 2009 et la poursuis encore, même si j’espère la terminer d’ici la fin de l’année.

Erica Simone nue à vélo

© Erica Simone

Durant les séances, qu’est-ce qui vous a le plus surprise ?
J’ai été surprise de me sentir plus à l’aise que je pensais l’être ! Quand j’ai commencé ce projet, j’étais assez nerveuse, mais en réalité, ce fut bien plus facile que je l’imaginais et, à mesure des séances, je me suis trouvée de plus en plus à l’aise nue dans la rue. Le plus difficile, c’est d’avoir à se concentrer sur des choses très différentes en même temps. L’image en elle-même, la pose, les passants et bien sûr faire attention à ne pas se faire arrêter ! Je ne crois pas avoir mesuré à quel point ce serait complexe quand j’ai commencé.

Qu’est-ce qui s’est passé comme vous l’imaginiez ?
Rien du tout. Je n’avais jamais d’idée préconçue, j’aime ne m’attendre à rien, car ça laisse plus de place à la surprise et à l’excitation.

Qu’avez-vous ressenti ? De la peur, de la honte, de la liberté ?
Je me sentais bien. Vraiment. J’ai certes remarqué que, durant les périodes où j’étais un peu plus grosse ou, disons, moins en forme que j’aurais pu l’être, j’avais tendance à manquer d’assurance. Je pense qu’un des objectifs du projet, pour moi, était justement de vaincre ces peurs et ces autocritiques. Quand on apprend à s’aimer et, tout simplement, à s’accepter tel qu’on est, alors on ne peut plus ressentir la honte. Avec cette série, j’ai réalisé que la pression que je ressens vient de moi, non des autres ou de la société. J’ai la chance de vivre dans une ville très tolérante où on peut comprendre l’aspect artistique d’un tel projet, et où on ne risque pas de se retrouver lynchée ou assassinée pour cela.

Nue à New York !Vous écrivez sur votre site : « pourquoi la société associe presque toujours la nudité à la sexualité ? ». Quelle est votre réponse ?
Je pense que, en général, la nudité devient érotique, ou sexuelle, quand il y a, quelque part, une forme d’attirance ; or c’est quelque chose d’entièrement subjectif. Toutefois, l’art et la photographie laissent la place à la suggestion et peuvent, par le biais du style, de la créativité, imposer leur propre vision. Peut-être un sujet nu, dans une photo, n’est pas en soi particulièrement attirant aux yeux de la plupart des gens mais, selon la façon dont il ou elle pose, et en fonction de l’environnement qui l’entoure, il peut y avoir de fortes connotations sexuelles. En prenant mes photos, en revanche, je n’avais pas en tête de me livrer à une quelconque démonstration d’ordre sexuel ou érotique -je les ai faites avec mon propre sens de l’humour, pour imposer un aspect de la nudité plus cru et terre à terre.

Erica Simone nue à New York

© Erica Simone

Où avez-vous appris la photographie ?
Je suis née à Knoxville, Tennessee, mais j’ai grandi à Los Angeles. Puis suis partie en France, à Paris, à l’âge de huit ans. Je suis retournée à New York à l’âge de 17 ans et j’y vis depuis. J’y ai étudié la publicité au Fashion Institute of Technology (une université où l’on enseigne les technologies, l’illustration, l’animation ou le design liés à l’industrie de la mode) et je me suis achetée un appareil semi-professionnel au cours de ma deuxième année. Depuis, je n’a jamais cessé de prendre des photos.

Un conseil pour les apprentis photographes ?
C’est important de faire ce que vous voulez et ce que vous aimez faire, quoi que ce soit. Ne faite rien parce que quelqu’un vous y a incité ou parce que vous pensez que ça aura du succès, faites ce qui vous passionne et parce que vous AIMEZ le processus ou le concept. La reconnaissance vient quand vous croyez sincèrement à ce qui vous fait agir. Le succès, le bonheur, c’est d’abord une question d’épanouissement. Je crois. Ah, oui, et aussi : prévoyez toujours un plan de secours, en termes de sources de revenus ; – )

Quel est votre prochain projet ?
Je suis toujours en train de jouer avec de nouvelles idées, mais je n’aime pas en parler tant que ce n’est pas terminé. Restez aux aguets…

Pour rester aux aguets d’Erica Simone, une seule adresse : ericasimone.com

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