Les filles vues par… Stéphane Coutelle

Les filles vues par… Stéphane Coutelle

Né à Paris, élevé en banlieue, Stéphane Coutelle aime travailler « à l’instinct ». Il a pu exercer ce dernier pour son projet Insomnies, un bel objet, un livre photographique qui nous fait visiter l’intimité des villes et des chambres des femmes.

« On se réveille en pleine nuit, les gens dorment, on est tranquille, hors du temps. Le livre est sur ce temps suspendu. »

« J’aime arriver dans une chambre minuscule, confie-t-il, et ressentir ce qui se passe ; je réfléchis à là série en amont mais sur le moment, j’aime être complètement ouvert à ce qui va se passer, être en relation avec mon modèle, être attentif à l’alchimie entre nous. J’écoute, je regarde, on travaille ensemble… » Il a fait l’acquisition de son premier appareil « l’année du bac, que je n’ai d’ailleurs pas eu » et n’a plus jamais cessé de photographier : « Une fois que c’est décidé… »Stéphane Coutelle a bien voulu répondre au questionnaire de lui.fr.

Quel appareil ou type d’appareil utilisez-vous ?
Pour le projet Insomnies, deux types d’appareil : un Canon Mark II pour les portraits les nus, et pour les photos de paysages un Canon S95, puis S100, puis S110. Je l’ai toujours avec moi dans ma poche.

Qu’est-ce que vous préférez photographier ?
Les femmes.

Pourquoi ?
Je crois que j’ai une sensibilité féminine, et ça m’aide à me comprendre moi. Je trouve les femmes très belles, mais je ne crois pas qu’il faut les mettre sur un piédestal. Nombreux sont les corps qui ne sont pas magnifiques, qui n’ont pas les canons du moment mais… C’est plus pour me découvrir moi même, à dire vrai. Je me retrouve plus dans les femmes que dans les mecs. Non, je ne dirais pas que je suis un photographe de femmes : je ne fais pas ça pour glorifier la femme, ma démarche n’est pas là-dedans. Les femmes m’aident à travailler ou à comprendre quelque chose, je cherche à me trouver moi, à trouver ce que j’ai à dire et ça passe toujours par la femme… Mon médium est la femme.

Quelles sont vos inspirations ?
Je n’aime pas beaucoup citer les morts… Tout m’inspire, du premier jour où j’ai regardé une photo jusqu’à maintenant. Dans les gens que j’aime bien, je pourrais citer Lorca Dicorcia, Larry Sultan : ils ne racontent pas des histoires, mais on sent que l’histoire n’est pas loin : il se passe quelque chose, mais on ne sait pas quoi.

« C’est un projet de longue date, mais devenu possible avec les appareils numériques, qui permettent de prendre des images avec très peu de lumière. »

L’avantage des filles, c’est qu’elles racontent forcément une histoire. D’ailleurs, dans le livre, j’ai voulu que les photos soient l’une au dessus de l’autre, non pas côte à côte, pour qu’il n’y ait pas une image prioritaire sur l’autre : on lit les images en même temps, plutôt que l’une après l’autre, pour justement privilégier le côté histoire, plutôt que la lecture d’un livre d’image.

Que rêvez-vous de photographier à l’avenir ?
Des actrices et des modèles anonymes, qui sont dans la vraie tradition des modèles, comme pour les peintres.

Un conseil pour les photographes débutants ?
Fais des photos le plus possible.

La dernière photographe que nous avons interviewée, Erica Simone, ajoutait : « prévoir aussi une deuxième source de revenus ».
(Rires). C’est vrai que c’est un métier de plus en plus compliqué, car de plus en plus de gens s’y lancent… À la fois, si on ne se donne pas à fond, c’est un métier tellement dur, on se prend tellement de coups dans la gueule, qu’on arrête tout de suite. Ça ne veut pas forcément dire qu’il ne faut faire que ça, il n’y a bien sûr pas de méthode et, si j’ai toujours un appareil sur moi, je ne photographie pas tout le temps ; mais tout le temps il faut réfléchir à ce qu’on va faire, c’est un état d’esprit. Il faut regarder les photos des autres et les siennes, être photographe à 100%, ne penser qu’à ça. Regarder les gens. Je regarde les femmes marcher, dormir, manger, tout le temps, pour comprendre ce que je vais mettre dans mes images. J’ai une fille de 7 ans et je lui montre tout le temps : « regarde, la lumière là-bas comme elle est jolie… » Il faut apprendre à regarder, voir ce qui se passe : pour le capturer, il faut le voir d’abord.

Insomnies, de Stéphane Coutelle, est paru aux éditions Damiani. Retrouvez le travail de Stéphane Coutelle sur son site Internet, ici. Il sera également exposé à la librairie OFR à Paris du 13 mai au 30 juillet.

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